Grand angle. Xavier Robert : “L’Olympic a une richesse mythique”.

Xavier Robert est un frontalier heureux.  Pour lui, pas de couvre-feu obligatoire, ni de frontière franco-belge infranchissable. Quand il passe des Hauts-de-France en Belgique, c’est pour, par exemple, faire champion avec La Louvière-Centre, avec une seule défaite en saison. 

Ou parapher une épopée, en Croky Cup, avec l’Olympic de Charleroi. A défaut de championnat, stoppé en plein vol, en octobre 2020.

Dans les deux cas de figure, Xavier affiche un profil modeste : “J’ai une méthode. Elle est exigeante pour les joueurs comme pour le staff mais qu’il y ait succès ou échec, la méthode n’est pas celle d’un homme mais de tous. Du préposé au stade au président, chacun a un rôle à jouer. Et plus chacun sera impliqué et dans son rôle, mieux le club marchera. C’est une dimension essentielle”. 

Il est reconnaissant envers ceux qui lui ont tendu la main: “Sans Mohamed Dahmane, je n’aurais peut-être jamais goûté au foot belge d’un certain niveau. Dans un travail collectif, chacun a besoin de l’autre. Si tu tires la couverture pour toi ou oublies d’où tu viens, il y a peu de chances que tu fasses long feu. C’est une chance, aussi, d’avoir pu attirer l’attention d’un club comme l’Olympic grâce au travail fait à La Louvière. La vie est une chaîne à entretenir faite de travail, de mérites, de reconnaissance et de gratitude”. 

Reconnaissance? Il n’oublie pas: “Si on a pu jouer contre Zulte-Waregem puis Eupen et écrire une belle page de l’histoire du club, c’est d’abord, par la décision du président, Patrick Remy, et de son équipe de ne pas accepter la formule de l’indemnité forfaitaire pour …ne pas jouer. Ils ont, avec les risques financiers que cela représente, joué la carte du respect des supporters, du “tout est possible si on y croit et fait le maximum” et de l’image du club”.

Gratitude? “Momo”, il connait depuis 20 ans et quelques points communs: “On a joué ensemble à Feignies en CFA puis l’un contre l’autre quand il est parti à Maubeuge. Quand j’ai joué contre lui, il avait 17 ou 18 ans. Il m’avait fait quelques “tempêtes” avec ses accélérations et changements de direction. Il a aussi vite passé la frontière, pour rejoindre les Francs Borains et marquer l’histoire de ce club. 5 mois à peine et 18 buts ont suffi à mettre sur orbite une carrière brillante et longue. Je l’ai rejoint dans son parcours il y a 3 ans”.

Le parcours épique de la coupe avec les Dogues, est déjà dans l’armoire aux souvenirs de XR: “Il est inscrit en lettres d’or dans l’histoire du club. Il nourrit et nourrira pendant longtemps, le bonheur et les conversations des supporters qui, à l’Olympic, sont d’un genre british: ils aiment à fond les couleurs et le blason. Chez moi, dès le retour d’Eupen, la bascule s’est faite. J’ai eu un très long moment pour cogiter sur le présent et le futur. Je pense au profil de l’équipe, à comment la rendre meilleure mais pas que. L’évolution de l’école des jeunes, en collaboration et concertation avec Bernard Gaspard, est une priorité. Le proche avenir, c’est d’amener, à flux régulier, des jeunes du cru dans l’effectif et sur le terrain”.

De l’aventure humaine, il retient le sérieux du groupe: “Ils ont été mis au chômage pendant les longs mois de confinement. Sans y être contraints, ils ont pris un maximum d’infos auprès du staff et de notre préparateur physique, Mike, pour faire plus et mieux que s’entretenir. A la rentrée de janvier, il n’y a pas eu besoin de test pour se rendre compte qu’ils avaient, pour la plupart, consacré le temps et l’énergie nécessaires pour rester ou devenir plus performants. Ce rapport de confiance, c’était la base pour oser défier Zulte-Waregem en coupe avec une chance de passer”.

Sa première année à l’Olympic a été une révélation: “Le label mythique du club, on ne le ressent qu’une fois en immersion. Le poids de l’histoire éternelle du club t’oblige à mettre, chaque jour, un maximum de cœur à l’ouvrage pour être simplement à sa hauteur. Cette histoire, avec un grand H, force les joueurs et le staff à se dépasser. Quand on vient ici, c’est pour marquer les esprits. Pas pour ne prendre que du bon temps”. 

Son bilan sur quelques matches est qualitatif: “On a assez bien réussi, via la coupe, à créer du bonheur réel pour une communauté riche, nombreuse et passionnée. Les groupes de supporters fédèrent un nombre important d’adhérents fidèles et actifs. Une force souterraine “tranquille”. On leur a donné du plaisir. Ils nous le rendent anticipativement. Leurs actions de soutien, sous plein de formes, ont été un des axes forts de notre motivation, avant chaque match”.

Le dernier en date, à Eupen, a ajouté un “step” technologique à une histoire fantastique: “Le match retransmis en direct sur notre site internet était une première. On a eu des “spectateurs” venus de partout et 3.000 en moyenne durant l’essentiel du match. On a recensé un pic de 39.000 fréquentations de notre site internet, en un jour. Notre aventure a été répercutée en Flandre avec un chouette reportage après la victoire contre Zulte et dans le Nord de la France, via la Voix du Nord. L’important, c’est d’entretenir l’harmonie et l’esprit d’équipe à tous les étages et entre tous acteurs du club. C’est un travail de communication et d’humilité au quotidien”.

Pour “sir Xavier de la Neuville”, l’avenir est en marche: “On a et va sonder le groupe. Mohamed est assez expérimenté pour monter, en bonne entente avec la direction, un groupe plus compétitif et solide. Il nous faudra de la taille, de la percussion et de l’efficacité en renfort pour obtenir un meilleur équilibre. Dans ce registre, l’équipe d’Eupen avait l’équilibre presque idéal entre physique et technique, taille, vitesse et percussion. J’espère surtout que la saison prochaine ne sera plus tronquée par des confinements. Le foot sans public n’a pas la même saveur.  Le plan de jeu pour lequel on a été engagé a besoin de temps continu pour voler au niveau où on le souhaite”.